LA BEAUTE DE L’IMPERFECTION DU WABI-SABI

3 objets en céramique
Loin d’une poursuite incessante de la perfection, wabi-sabi est un art de vivre japonais qui célèbre la beauté de l’imperfection. Avec wabi-sabi, l’impermanent et l’asymétrique deviennent source d’émerveillement et on trouve une satisfaction profonde dans la simplicité et l’authentique.

Il y a une fissure en toute chose. C’est ainsi qu’entre la lumière. (Leonard Cohen)

Eloge de la simplicité

Selon la légende japonaise, durant l’automne, dans un jardin de Kyoto, le maître de thé Sen Rikyū demande à son disciple de se préparer à la cérémonie du thé.

Le jeune homme taille les haies, ratisse le gravier, ramasse les feuilles et nettoie le chemin. Le jardin est immaculé. Le maître l’inspecte calmement. Soudain il secoue une branche d’érable et en fait tomber quelques feuilles.

Le jardin est imparfait, Sen Rikyū est satisfait. Cette imperfection est exactement ce qu’il recherche. C’est la base même des valeurs qu’il promeut et qu’il nomme “wabi-sabi”.

Il est compliqué de traduire ce terme de façon littérale. A l’origine, le wabi-sabi décrit un sentiment de désolation et de solitude. Wabi se réfère alors à la vie solitaire dans la nature tandis que sabi symbolise la froid et la maigreur.

Aujourd’hui, wabi évoque une sorte d’élégance discrète, simple, rustique, qui peut être appliquée à la fois à des éléments naturels et à des objets fabriqués par l’homme. De préférence ceux qui contiennent des anomalies résultant du processus de construction, ce qui leur confère un caractère unique.

Sabi renvoie à la sérénité de l’âge, les marques de vieillissement et d’usure, la patine qui confère aux choses leur beauté, l’impermanence ainsi qu’une forme de tranquillité et d’apaisement.

Alors que la société japonaise de l’époque donne la priorité au matériel, Sen Rikyū éveille chez les Japonais le goût de la simplicité et de l’authenticité.

L’enseignement spirituel du wabi-sabi

Ce concept profondément ancré dans la culture nippone englobe une vision du monde douce-amère, presque mélancolique.


Le wabi-sabi est intimement lié au bouddhisme zen. Il est en quelque sorte sa représentation matérielle en disant: “oui, la tasse est ébréchée et imparfaite. C’est ce qui fait sa beauté. Et nous l’acceptons telle qu’elle est. Parce que la vie est imparfaite et parce que la vie est belle.”

Voir la beauté dans l’imperfection, un visage ridé, une tasse ébréchée, c’est reconnaître la beauté de la vie mais aussi accepter notre finitude. C’est également trouver une grande satisfaction dans les moments les plus humbles.

Le wabi-sabi nous apprend à ouvrir les yeux sur notre impermanence et notre mortalité. C’est une pratique spirituelle qui questionne ce que nous voyons. Par exemple, qu’est-ce qui rend un objet beau? Est-ce sa forme, sa couleur, sa texture? Est-ce son usure? Ou est-il beau par les sentiments qu’il éveille en nous? Peut-être est-ce tout à la fois.

Le wabi-sabi nous invite à faire une pause et à nous interroger sur la valeur de ce que vous voyons, ou vivons. Il nous place dans un moment de pleine conscience pour voir la beauté des choses, apprécier le temps qui passe, reconnaître l’impermanence de notre monde. Il nous soulage de cette poursuite incessante de la perfection et nous aide à trouver une satisfaction profonde dans l’authentique et la simplicité.

Le wabi-sabi suggère que la beauté est un événement dynamique qui se produit entre nous et quelque chose d’autre. Elle peut apparaître spontanément à un moment donné, compte tenu des circonstances, du contexte ou du point de vue appropriés.

Le wabi-sabi au quotidien

Le wabi-sabi interroge notre façon de consommer. C’est une façon de conscientiser les choses que nous achetons. En fin de compte, lorsque nous voyons la beauté dans des objets usuels qui embellissent notre environnement, nous réalisons que nous avons besoin de moins de choses.

Etre wabi-sabi c’est réutiliser ou acheter des objets appelés à durer plutôt que consommer à répétition. Comme les choses deviennent parfaitement imparfaites, par exemple, un bol craquelé ou un tabouret bancal, il faut trouver des façons de les réparer afin qu’elles conservent leur utilité tout en acquérant une nouvelle beauté.

Simplicité, élégance et authenticité sont les mots clés. En ce qui concerne le style, il s’agit le plus souvent de retirer que d’ajouter.

La culture occidentale est obsédée par la consommation. L’accumulation est élevée au rang d’art de vivre censée nous apporter le bonheur. En réalité nous voyons bien les limites d’une telle croyance. Nous ne sommes pas plus heureux avec 2 ou 3 voitures ou le nouvel Iphone.

Wabi-sabi existe presque à l’opposé de la culture consumériste où une chose cassée est immédiatement jetée pour être remplacée.

Les objets wabi-sabi ont une utilité et une histoire. Les friperies, les ventes de garage et les marchés aux puces sont des trésors pour les objets à la simplicité rustique et à l’élégance discrète.

Une maison wabi-sabi se situe entre un esprit bohème et minimal. Elle met l’accent sur l’utilité. Le mobilier robuste est destiné à durer. Les appareils électroniques sont là car ils fonctionnent et sont utiles, pas parce qu’ils sont la version la plus récente d’un objet à l’utilité quelconque. Les œuvres d’art ne font pas que remplir un espace, elles apportent de la joie. Tout a son rôle, et ce rôle inclut d’ajouter de la valeur.

Il ne s’agit pas forcément de révolutionner son intérieur. Non, le simple fait de regarder votre environnement différemment peut vous amener à avoir une vision différente. Un muret délabré ne peut être qu’un muret délabré. Il peut aussi être une invitation à la nature de reprendre ses droits en utilisant les briques comme support. Le muret devient alors la base d’un tableau onirique. Tout est une question de perspective.

Il est possible d’incorporer des éléments naturels comme des branches, des brindilles, des feuilles, des fleurs ou des pierres dans la maison sans que cela ressemble à un nid d’oiseau. Une simple fleur ou une tige dans une bouteille, c’est wabi-sabi: simple, naturel, authentique, minimal.

La beauté des objets reflète les vertus humaines de ceux qui les ont fabriquées ou les possèdent. Même imparfaits, ou plutôt parce qu’ils sont imparfaits, ces objets illustrent notre capacité à ressentir, à compatir, à connecter, à aimer.

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