COMMENT SURMONTER LE SYNDROME DE L’IMPOSTEUR

Avez-vous déjà eu le sentiment que vous ne méritiez pas votre place et que, tôt ou tard, votre famille, vos amis ou vos collègues s’en rendraient compte ? Cette sensation que vous étiez là par chance et que cette chance ne pouvait pas durer ? Que quelqu’un finirait par vous démasquer ? Cette impression est fréquente chez de nombreuses personnes, on l’appelle le « syndrome de l’imposteur ».

Je pense toujours que les gens vont découvrir que je n’ai vraiment pas beaucoup de talent. Je ne suis vraiment pas très douée. Tout a été une imposture. (Michelle Pfeiffer)

Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ?

Un grand nombre de personnes reconnues dans leur domaine partagent un secret peu avouable : malgré leur réussite évidente, elles se sentent illégitimes et attribuent leur succès à la chance. Pour elles, ce phénomène psychologique reflète la conviction qu’elles sont incompétentes en dépit de preuves objectives de réussite. Ce sentiment persistant que leur rôle aurait dû être confié à d’autres les pousse à s’engager dans un perfectionnisme effréné. Ce qui accentue leur peur de l’échec et génère de l’anxiété et contribue à créer un état dépressif.

Identifié pour la première fois dans les années 1970 par les psychologues Suzanne Imes et Pauline Rose Clance, le syndrome de l’imposteur a d’abord été observé chez les femmes, puis étendu aux deux sexes. Ce phénomène touche près de 70 % de la population active, et s’applique à des personnes performantes, incapables d’intérioriser et d’accepter leur succès. Elles attribuent la plupart du temps leurs réalisations à la chance plutôt qu’à leurs qualifications, et craignent que d’autres finissent par révéler leur imposture.

Ce syndrome (qui, en dépit de son nom, n’est pas une pathologie) est souvent considéré comme une préoccupation individuelle et n’existe que dans la tête de ceux qui en font l’expérience. Nous pouvons admirer une personne pour sa réussite et l’imaginer confiante et à l’aise avec ses propres réalisations. Même si, à l’intérieur, il ne s’agit souvent que d’un amas d’angoisses, d’autocritiques et de jugements impitoyables envers elle-même.

Lorsque les imposteurs réalisent une forme de succès, ils l’attribuent à d’autres. Ainsi, ils créent et maintiennent la croyance de leur imposture.

L’ironie de ce syndrome tient à ce qu’il prévaut parmi les personnes les plus performantes, c’est-à-dire celles qui, logiquement, sont les moins susceptibles de le ressentir. De plus, lorsqu’elles évaluent leurs efforts, leurs réalisations et leurs succès avec logique et sans émotion, elles peuvent clairement (à contrecœur) les considérer comme les leurs. Mais elles ne peuvent tout simplement pas se résoudre à l’accepter. Considérer et accepter sont deux choses très différentes.

Il y a énormément de gens qui pensent que je suis un expert. Comment peuvent-ils croire cela à mon sujet? Je suis tellement au courant de tout ce que je ne sais pas. (Margaret Chan – directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé entre 2007 et 2017)

La réussite à tout prix

Selon Suzanne Imes, beaucoup de personnes qui se sentent imposteurs ont grandi dans des familles qui accordent une grande importance à la réussite. En particulier, lorsque les parents envoient des messages contradictoires, alternant louanges et critiques. Ensuite, la pression sociale ne fait qu’ajouter une couche au problème.

Parfois, des souvenirs d’enfance, tels que le sentiment que vos notes ne sont jamais assez bonnes pour vos parents ou que vos frères et soeurs vous ont surpassé dans certains domaines, peuvent avoir un impact durable. Les gens intègrent souvent l’idée que pour être aimé ou être aimable, il faut être performant et atteindre un objectif.

Des facteurs extérieurs à une personne, tel que l’environnement, peuvent également jouer un rôle majeur dans la stimulation d’un sentiment d’imposture. Plus vous êtes entouré de gens qui vous ressemblent, plus vous vous sentez en confiance. Et inversement, moins il y a de gens qui vous ressemblent, plus l’impact négatif sur la confiance en soi est important.

Les 5 types d’imposteur

Valerie Young, auteur du livre Les pensées secrètes des femmes qui réussissent, et spécialiste du sujet, a identifié 5 sous-groupes :

1. Le perfectionniste
2. Superman / Superwoman
3. Le génie naturel
4. L’individualiste
5. L’expert

1. Le perfectionniste

Le phénomène de l’imposteur et le perfectionnisme vont souvent de pair. Les soi-disant imposteurs pensent que chaque tâche à accomplir doit être accomplie à la perfection, et demandent rarement de l’aide. Ce perfectionnisme peut conduire à deux réponses typiques : soit tergiverser, ou retarder une tâche par crainte de ne pas pouvoir la mener à bien selon les normes les plus strictes, soit consacrer plus de temps que nécessaire à la préparation et la réalisation de la tâche.

Les perfectionnistes ont des attentes extrêmement élevées, et considèrent un objectif atteint à 99 % comme un échec. Toute erreur, aussi petite soit-elle, leur fait remettre en question leur propre compétence.

Pour eux, le succès est rarement satisfaisant, car ils pensent toujours pouvoir mieux faire. Mais ce n’est ni productif ni sain. Reconnaître et posséder ses réalisations est essentiel pour éviter l’épuisement professionnel, trouver le contentement et cultiver la confiance en soi.

Pour contrecarrer ce type de syndrome de l’imposteur, apprenez à maîtriser vos erreurs en les considérant comme une partie naturelle du processus. Poussez-vous pour agir plutôt que d’attendre d’être prêt. Forcez-vous à démarrer le projet que vous planifiez depuis des mois. La vérité est qu’il n’y aura jamais de moment parfait et que votre travail ne sera jamais parfait à 100 %. Plus tôt vous serez capable d’accepter cela, mieux vous vous porterez.

2. Superman / Superwoman

Les supermen/superwomen travaillent plus que leur entourage pour prouver qu’ils/elles ne sont pas des imposteurs. Ils/elles ressentent le besoin de réussir dans tous les aspects de la vie – travail, famille, couple – et peuvent se sentir stressés lorsqu’ils/elles n’accomplissent pas quelque chose.

Cette surcharge de travail ne fait que couvrir leur insécurité et peut nuire non seulement à leur santé mentale, mais également à leurs relations avec les autres.

Les bourreaux de travail imposteurs sont en fait dépendants de la validation qui découle du travail, et non du travail lui-même. Il s’agit dès lors de se défaire de la validation externe et de prendre les critiques constructives de façon rationnelle, et non pas personnelle.

3. Le génie naturel

Lorsque le génie naturel doit lutter ou travailler dur pour accomplir quelque chose, il pense que cela signifie qu’il n’est pas assez bon. Il est habitué aux aptitudes faciles et rapides, et, quand il doit faire des efforts, son cerveau lui dit qu’il est la preuve de son imposture.

Les personnes dans cette situation jugent le succès en fonction de leurs capacités et de leurs efforts. En d’autres termes, s’ils doivent travailler dur pour quelque chose, ils supposent qu’ils doivent être mauvais en la matière.

Ces types d’imposteurs fixent leur barre interne à un niveau incroyablement élevé, tout comme les perfectionnistes. Mais les génies naturels ne se jugent pas seulement en fonction d’attentes ridicules, ils se jugent également en s’efforçant de bien faire les choses du premier coup. Quand ils ne sont pas capables de faire quelque chose rapidement ou couramment, leur alarme retentit.

Pour surmonter cela, il faut se voir comme un travail en cours. Pour accomplir de grandes choses, il faut apprendre tout au long de la vie et développer ses compétences. Plutôt que de se battre lorsqu’on n’atteint pas des normes très élevées, il faut identifier des comportements spécifiques et modifiables à améliorer au fil du temps.

4. L’individualiste

Les individualistes estiment qu’ils doivent accomplir eux-mêmes des tâches et, s’ils ont besoin de demander de l’aide, pensent que cela signifie qu’ils sont incompétents, et donc imposteurs. C’est bien d’être indépendant, mais pas si vous refusez une assistance dans le but de prouver votre valeur.

5. L’expert

Les experts ressentent le besoin de maîtriser chaque information avant de commencer un projet et recherchent en permanence de nouvelles certifications ou formations pour améliorer leurs compétences. Ils ne postuleront pas pour un emploi s’ils ne répondent pas à tous les critères de l’offre. Ils hésiteront peut-être à poser une question ou à prendre la parole lors d’une réunion, car ils ont peur de paraître stupides.

Vouloir renforcer vos compétences peut certainement vous aider à progresser de manière professionnelle et à rester concurrentiel sur le marché du travail. Mais cette tendance à rechercher sans cesse plus d’informations peut en réalité être une forme de procrastination. Il convient alors d’acquérir une compétence lorsqu’elle est nécessaire plutôt que d’en emmagasiner d’autres pour un futur hypothétique.

Comment traiter le syndrome de l’imposteur ?

L’une des premières étapes pour surmonter les sentiments d’imposteur consiste à reconnaître les pensées et à les mettre en perspective. Observer simplement ce sentiment plutôt que de le mobiliser peut être utile.

Vous pouvez également recadrer vos pensées. La seule différence entre une personne atteinte du syndrome de l’imposteur et une autre, c’est la façon dont elle répond aux défis. Les gens qui ne se sentent pas imposteurs ne sont ni plus intelligents, ni plus compétents, ni plus capables. Cela signifie qu’il faut apprendre à penser comme des non-imposteurs et à valoriser les critiques constructives.

Il est également utile de partager ce que vous ressentez avec des amis ou des personnes de confiance. Celles qui ont plus d’expérience peuvent vous rassurer sur le fait que ce que vous ressentez est normal. Le fait de savoir que d’autres ont été à votre place peut faire paraître cela moins effrayant.

Réalisez qu’il n’y a pas de honte à demander de l’aide quand vous en avez besoin. Si vous ne savez pas comment résoudre un problème, demandez conseil à un proche ou un thérapeute.

13. Dites oui aux nouvelles opportunités

Il est fréquent que les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur refusent des opportunités de carrière, car elles ont l’impression de ne pas faire du bon travail.
Cependant, il est important distinguer la voix dans votre tête qui dit que vous n’êtes pas compétent et celle qui reconnaît de façon rationnelle que ce n’est pas possible. Rappelez-vous qu’un nouveau travail stimulant peut vous ouvrir de nombreuses portes. Ne laissez pas votre imposteur intérieur refuser ces occasions qui changeront la donne. Ces opportunités peuvent vous aider à apprendre, à vous développer et à faire avancer votre carrière.

Gardez à l’esprit la célèbre phrase de Richard Branson : « Si quelqu’un vous offre une opportunité incroyable et que vous n’êtes pas sûr de pouvoir le faire, dites oui. Ensuite, apprenez comment le faire. »

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