LA QUETE DE SENS SELON VIKTOR FRANKL

Celui qui a une raison de vivre peut supporter n’importe quoi. Dans le récit qu’il a fait de sa vie dans les camps de la mort nazis, Viktor Frankl construit sa philosophie autour de cette question de sens comme principale force motrice de l’être humain. Son approche thérapeutique, appelée logothérapie, applique cette recherche de signification dans le traitement de différentes maladies.

Celui qui a un pourquoi qui lui tient lieu de but peut vivre avec n’importe quel comment. (Friedrich Nietzsche)

Victor Emil Frankl (1905 – 1997), psychiatre et neurologue autrichien, est l’auteur de Man’s Search for Meaning (traduit par Découvrir un sens à sa vie avec la logothérapie), ouvrage élu par la Library of Congress parmi les 10 plus influents en Amérique et vendu à plus de neuf millions d’exemplaires à travers le monde. Dans ce livre, Frankl raconte comment il a survécu aux camps de concentration en trouvant une signification personnelle à cette expérience, ce qui lui a donné la volonté de vivre.

Il a ensuite créé une nouvelle école de thérapie existentielle appelée logothérapie, fondée sur le principe de volonté de sens, facteur de motivation fondamental, même dans les circonstances les plus difficiles. Selon Frankl, en l’absence de sens, les gens remplissent le vide de plaisirs hédonistes, de pouvoir, de possessions, de haine, d’ennui ou d’obsessions et de compulsions névrotiques. Il est donc essentiel de (re)trouver ce pour quoi nous vivons.

Le sens avant toute chose

Man’s Search for Meaning raconte comment l’esprit humain réagit face aux difficultés et aux menaces de mort. Frankl y explique qu’une personne qui a une raison de rester en vie peut survivre à n’importe quel processus de sous-traitance, peu importe sa durée ou sa profondeur.

Il expose 4 principes fondamentaux :

1. L’homme a toujours le pouvoir de choisir son existence
Cette vision stoïque de la responsabilité va à l’encontre de l’idée que nous sommes conditionnés par la situation. Peu importe celle-ci, l’homme a la capacité de choisir comment il va l’affronter.

Frankl considère la responsabilité comme l’essence de l’existence. Pour lui, notre capacité d’affronter la vie, et à être responsable envers elle, est un facteur majeur pour trouver un sens et, par conséquent, être épanoui. Chaque individu possède une liberté spirituelle qui lui permet de choisir son attitude à l’égard de la vie.

A propos de la vie dans les camps, il écrit : « Il y a toujours des choix à faire. Chaque jour, chaque heure, donne l’occasion de prendre une décision, une décision qui détermine si vous vous soumettez ou non à ces pouvoirs qui menacent de vous priver de votre propre votre liberté intérieure ; ce qui détermine si vous deviendrez ou non un jouet des circonstances, renonçant à la liberté et à la dignité pour devenir le personnage typique du détenu résigné. » C’est donc la façon dont un prisonnier résout ces choix qui fait la différence. Les gens ont toujours la liberté de choisir comment ils voient leur situation et de lui donner un sens.

2. Le salut de l’homme passe par l’amour
Lorsque la seule action possible consiste à supporter ses souffrances, la contemplation de l’image de l’être aimé peut aider à atteindre l’épanouissement. Une personne qui n’a plus rien dans ce monde peut donc encore connaître le bonheur, ne fût-ce que pendant un bref instant.

Lorsqu’il était prisonnier, même dans les moments les plus durs de la journée, épuisé, privé de sommeil et sous-alimenté, Frankl a trouvé le salut dans l’amour qu’il avait pour sa femme. Penser à elle – à ses traits, à sa voix et aux petites choses du quotidien – lui a donné la force nécessaire pour endurer la souffrance.

3. Développer une vie intérieure riche pour surmonter la souffrance
S’il y a un sens à la vie, alors il doit y avoir un sens à la souffrance. Les deux sont indissociables. La question n’est donc pas de savoir si nous allons souffrir, mais de savoir comment nous réagirons face à la souffrance.

Frankl émet l’hypothèse selon laquelle les individus sensibles, bien que davantage sujets à la douleur physique, ont un avantage psychologique, à savoir une vie intellectuelle riche et une constitution forte sur laquelle s’appuyer. Ils peuvent se retirer de leur environnement traumatisant pour mener une vie intérieure riche et profiter de leur liberté spirituelle.

Par exemple, dans les camps, certaines personnes étaient capables d’apprécier, lors d’une marche froide dans la neige, la beauté des montagnes, de la forêt ou du lever du soleil. Elles gardaient leur esprit actif en composant des discours, en reconstituant des manuscrits perdus et en imaginant la vie après l’emprisonnement.

4. Ce que la vie attend de nous
Ce qui est vraiment nécessaire, c’est un changement fondamental de notre attitude envers la vie. Selon Frankl, nous devrions nous considérer comme des personnes interrogées à chaque moment par la vie et nous demander ce qu’elle attend de nous.

Notre réponse consiste en action et en conduite justes. En définitive, la vie implique de prendre la responsabilité de trouver la bonne réponse à ses problèmes et de s’acquitter des tâches qu’elle confie constamment à chaque individu.

Demandez-vous si vous restez fidèle à ce que la vie attend de vous. Vous ne pouvez pas être où vous voulez être dans la vie en ce moment, mais alors quoi ? Tout n’est pas à propos de vous. Que pouvez-vous faire pour la vie ? Que pouvez-vous faire pour les autres ?

La logothérapie pour donner du sens

Frankl développe la logothérapie (du grec logos, « signification ») dans un contexte de souffrance extrême, de dépression et de tristesse. L’idée principale est que le manque de sens est la principale source de stress et d’anxiété. La logothérapie est là pour aider les patients à atteindre ce sens manquant. Elle est étroitement liée à l’analyse existentielle qui renvoie à l’analyse de sa propre existence, et qui débouche naturellement sur la question du sens.

La logothérapie est considérée comme la troisième école de psychothérapie viennoise, avec la psychanalyse de Sigmund Freud et la psychologie individuelle d’Alfred Adler.

En définissant le sens comme centre des motivations, Frankl se démarque de ses deux confrères. Freud insistant sur la volonté de plaisir et Adler sur celle de pouvoir.

La logothérapie est en partie issue des frustrations de Frankl vis-à-vis de ces autres courants de pensée. Il estimait que la psychanalyse du premier manquait d’un élément humain et que la psychologie individuelle du second ignorait la question du sens. Pour Frankl, ces faiblesses de la psychothérapie viennoise ont nécessité la création d’un nouveau type de psychothérapie, qui est devenu la logothérapie.

Frankl construit la logothérapie autour de 6 hypothèses :

1. L’être humain est une entité composée du corps, de l’esprit et de l’âme. Selon Frankl, le corps et l’esprit sont ce que nous avons et l’âme est ce que nous sommes ;

2. La vie a un sens dans toutes les circonstances, même les plus misérables. C’est ce que Frankl appelle « le sens ultime » ;

3. Les gens ont une volonté de sens, ce qui leur permet de surmonter tout type de souffrance ;

4. Les personnes sont libres en toutes circonstances d’activer leur volonté de trouver un sens ;

5. La vie a une qualité de demande à laquelle les gens doivent répondre pour que les décisions soient significatives ;

6. L’individu est unique.

En résumé, tous les humains sont uniques avec une entité de corps, d’esprit et d’âme. Nous vivons tous des situations uniques et cherchons constamment à trouver un sens. Nous sommes libres de le faire à tout moment pour répondre à certaines demandes.

La logothérapie propose 3 techniques thérapeutiques : l’intention paradoxale, la dé-réflexion et le dialogue socratique.

  • L’intention paradoxale encourage le patient à avoir l’intention ou le souhait de ce qu’il craint précisément. Cette technique permet de soulager l’anxiété anticipée et d’annuler le mécanisme selon lequel la peur engendre la peur. Lorsque celle-ci est paralysante, le recours à l’humour ou au ridicule est très utile.

Par exemple, une personne transpire beaucoup lorsqu’il parle en public. Le fait d’imaginer une situation similaire la fait également transpirer. Cette anxiété anticipée engendre le même résultat. La solution ? Frankl conseille à la personne de dire directement au public qu’il va voir à quel point non seulement elle peut transpirer, mais aussi qu’elle va le faire encore plus que la fois dernière fois. Le résultat ? Sa phobie de parler en public (et la transpiration) disparaît.

  • La dé-réflexion tente de rediriger une quantité nocive d’attention vers un objet plus significatif. En prenant une pause et en se concentrant sur autre chose, les gens sont soulagés de la pression à laquelle ils sont soumis. Cette méthode est utilisée surtout pour traiter les cas de dysfonctionnement sexuel. Il est bien connu que plus on pense à l’orgasme pendant l’acte sexuel, moins on est susceptible de l’atteindre. La dé-réflexion aide à surmonter ce problème.
  • Dans le dialogue socratique, le thérapeute écoute attentivement les paroles du patient, les répète de manière à les réaffirmer, puis essaie d’amener la personne à envisager d’autres façons de penser. Il s’agit ici d’adopter une nouvelle attitude afin de mieux traiter sa situation. Ce processus permet au patient de réaliser que la réponse réside en lui et qu’il possède donc toutes les ressources pour surmonter un problème.

Ces trois techniques soulignent l’importance accordée par la logothérapie à la signification en aidant les personnes à identifier ce qui donne réellement un sens à leur vie et ce sur quoi elles devraient se concentrer.

Frankl fonde la logothérapie sur la conviction que de nombreuses maladies ou problèmes de santé mentale sont en réalité dus à une angoisse existentielle. Cette approche thérapeutique peut donc s’appliquer à différents contextes. Elle représente un système ouvert, une approche collaborative pouvant être combinée avec d’autres orientations de la psychothérapie.

Conclusion

Aux personnes qui disent que la vie n’a pas de sens parce qu’elle est transitoire, la réponse de Frankl est la suivante : « seule la non-réalisation d’un potentiel n’a pas de sens, pas la vie elle-même. » L’accomplissement de votre propre potentiel, aussi humble soit-il, marquera de manière permanente l’histoire du monde, et la décision de le faire définit la responsabilité. La liberté n’est que la moitié de l’équation. L’autre moitié est la responsabilité d’agir sur elle.

Frankl n’a pas de réponse prédéfinie quant au sens de la vie. Chaque personne étant unique avec des objectifs différents, il encourage les gens à trouver leur propre signification à la vie dans l’action et cite Goethe : « Comment pouvons-nous apprendre à nous connaître nous-mêmes ? Jamais par réflexion, mais par action. Essayez de faire votre devoir et vous découvrirez bientôt ce que vous êtes. Mais quel est votre devoir ? Les exigences de chaque jour. »

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2 commentaires

  1. après la lecture de votre résumé, je ne peux pas passer sans laisser un commentaire pour vous dire à vous et aux lecteurs que j’ai trouvé le présent comme un bon résumé sachant que j’ai déjà lu auparavant le livre en question. merci pour le travail que vous faites monsieur.

    1. Merci pour votre commentaire, je suis content que l’article vous plaise et que le contenu rende hommage au livre.

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