COMMENT LE KINTSUGI TRANSFORME NOS BLESSURES

Au Japon, le kintsugi est l’art ancestral de réparer les céramiques morcelées avec un mélange d’époxy et de poudre d’or. Chaque pièce réparée devient unique en raison du caractère aléatoire de l’éclatement de la céramique et des motifs irréguliers formés. Appliquée aux personnes, cette pratique encourage à voir le potentiel de beauté dans la reconstruction de nos parties brisées.

Chaque blessure est une leçon, et chaque leçon nous rend meilleurs. (Georges RR Martin)

Il faut remonter à la période Muromachi (fin XVe siècle) pour trouver l’origine du kintsugi. L’histoire raconte qu’après avoir cassé son bol de thé préféré, le shogun Ashikaga Yoshimitsu l’a envoyé en Chine pour être réparé. Mais horrifié par les agrafes métalliques utilisées pour fixer les morceaux brisés, il a ensuite chargé un de ses artisans de trouver une solution pour obtenir un résultat plus harmonieux. Plutôt que de cacher les fêlures, il a été décidé de les montrer sous une nouvelle forme.

Réparer le vivant

Il est inévitable que des objets fragiles se brisent. La céramique peut se décomposer en mille morceaux. Il en va de même pour les personnes. Maladie, deuil, rupture, l’adversité est le corollaire de la vie. Elle contribue à ce que nous sommes. En embrassant les défauts d’un objet précieux, beau, mais fragile, nous reconnaissons et honorons nos propres aspérités et notre capacité de résilience.

Alors que la forme originale de l’objet n’est plus, grâce à l’alchimie de kintsugi, l’essence de sa beauté, non seulement subsiste, mais est magnifiée. En d’autres termes, la transformation ne consiste pas uniquement à reconstituer les éléments de la vie brisée, mais il s’agit d’une réinvention totale de soi dans laquelle nos éléments fragmentés sont réassemblés avec de l’or, revitalisés, pour obtenir un résultat plus beau et plus résistant.

Rendre possible l’impossible

Le kintsugi considère la rupture et la réparation comme faisant partie de l’histoire et de la valeur inhérente d’un objet, ce qui doit être souligné plutôt que caché. Cet art reconnaît la fêlure comme une opportunité pour créer quelque chose de différent et généralement plus beau que l’original.

Avec la pratique du kintsugi, intimement liéé au wabi sabi qui célèbre l’imperfection des choses, l’objet ne perd pas sa valeur parce qu’il est différent de ce qu’il était. Il devient plus beau, précisément parce qu’il a été cassé.

Il s’agit de mettre de côté nos conclusions émotionnelles contre-productives, ces pensées limitantes que nous avons construites sur l’impossibilité de nous remettre de nos blessures et de nos pertes. Il s’agit de nous libérer de cette tendance à nous considérer comme des biens endommagés qui ne méritent pas l’amour, la reconnaissance ou le succès. Oui, nous avons probablement été traités injustement, mais il nous incombe de dépasser notre statut de victime et faire de nos blessures la base de notre reconstruction.

Pour la pratique du kintsugi, il faut donc un mélange d’or et d’époxy. Un bon équilibre des ingrédients est nécessaire pour combler les fissures et assembler les morceaux brisés. Pareil pour nous, il faut fusionner nos fragments émotionnels et faire en sorte que le lien soit permanent.

L’or peut représenter notre désir de guérison qui sert de catalyseur, de tremplin pour rebondir. Aller trop vite, en supposant que nous sommes guéris avant de l’être est un piège à éviter pour préparer notre transformation.

L’époxy serait notre attachement au renforcement positif ou à notre attente de la rapidité avec laquelle nous devrions progresser. Être trop attaché à un mouvement rapide sape notre volonté d’accepter les échecs. Ils sont formateurs, et donc essentiels. Nous devons donner le temps au temps afin qu’il fasse son travail de guérison.

Comment adopter un mode de vie inspiré du kintsugi en 3 étapes

1. Accepter la fêlure

Il faut accepter que le vase soit brisé. Il s’agit là d’une réalité brutale, mais qu’on ne peut que reconnaître. Le kintsugi nous apprend à éviter les histoires que nous avons construites sur l’impossibilité de nous remettre de nos dévastations, de nos trahisons et de nos pertes. Cela élève notre estime de soi et nous dit qu’il n’y a aucune honte à connaître l’échec.

Plutôt que de nous concentrer sur la situation douloureuse dans laquelle nous nous trouvons, le kintsugi nous aide à envisager le possible. Lorsque nous le réalisons, nous entrons dans le domaine de la transformation constructive.

2. Se réajuster

La deuxième étape consiste à réparer ou à réajuster les fissures à l’aide d’un puissant adhésif. Contrairement à d’autres méthodes de réparation, le pouvoir du kintsugi réside dans son refus de dissimuler la cassure d’un objet. Il ne s’agit pas de rendre ce qui est brisé comme neuf, mais d’utiliser les fissures pour transformer l’objet en quelque chose de différent, plus solide et plus précieux.

Cette philosophie, imprégnée du bouddhisme zen, nous apprend à accepter nos échecs et nos inconvénients et à identifier les moyens par lesquels nous pouvons les exploiter à notre avantage. C’est ce que fait le kintsugi en encourageant les gens à embrasser leur passé et à créer un nouvel avenir avec leurs cicatrices pansées et guéries.

3. Aller de l’avant

Le kintsugi renvoie à la notion de résilience et à la recherche d’un moyen pour faire face aux événements traumatiques de manière positive. Il nous incite à apprendre des expériences négatives, en tirer le meilleur parti et nous convaincre qu’elles rendent chaque personne unique et précieuse.

A une époque qui ne jure que par la jeunesse, la perfection et la nouveauté, le kintsugi représente une pratique pleine de sagesse applicable à notre vie. Les soins et l’amour apportés à la reconstruction des morceaux brisés nous encouragent à respecter ce qui est endommagé, cicatrisé, vulnérable et imparfait, en commençant par nous-mêmes et ceux autour de nous. C’est là que réside la clé du kintsugi : dans son pouvoir de transformation.

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