REVENIR A L’ESSENTIEL AVEC LE STOICISME

Plus qu’une attitude, le stoïcisme est une vraie philosophie de vie. Avec ces préceptes – accepter, mettre en perspective, réfléchir, méditer, profiter du moment présent – nous pouvons donner davantage de sens à notre vie et nous concentrer sur l’essentiel en supprimant le superflu.

La vie ressemble à un conte ; ce qui importe, ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur. (Sénèque)

Une philosophie de vie

Le stoïcisme est un courant philosophique développé en Grèce par Zénon de Kition vers 301 av. J.-C. Influencé par Aristote et Platon, ce système de pensée a traversé les siècles et subi de multiples transformations. Ses 3 représentants les plus célèbres sont: Épictète (philosophe grec), Sénèque (philosophe romain) et Marc Aurèle (empereur romain).

Le nom « stoïcisme » (« stoa » signifie « portique » en grec) provient de Stoa Poikilè, un monument d’Athènes où Zénon et ses élèves avaient pour habitude de se réunir.

Aujourd’hui, le terme « stoïque » fait référence à une attitude calme, voire insensible. Cependant, le stoïcisme dépasse largement une simple attitude. C’est une vraie philosophie de vie.

Le stoïcisme a été une école de philosophie active pendant plusieurs siècles en Grèce et à Rome. En tant qu’institution formelle, elle s’est évanouie, mais son influence a traversé les siècles et se poursuit encore aujourd’hui. Les théologiens chrétiens, tels que Thomas d’Aquin, ont admiré et adopté son intérêt pour les vertus, et il existe des parallèles entre l’ataraxie (ou tranquillité de l’âme), stoïcienne et le concept bouddhique du nirvana (ou l’Eveil). Pour Epictète, la souffrance ne vient pas des événements de notre vie, mais de nos jugements à leur sujet.

Les 4 vertus cardinales

Plutôt qu’imaginer une société idéale, les stoïciens voient le monde tel qu’il est tout en poursuivant son auto-amélioration par le biais de quatre vertus cardinales:

1. La sagesse pratique: capacité de naviguer dans des situations complexes de manière logique, informée et calme;
2. La tempérance: exercice de la maîtrise de soi et de la modération dans tous les aspects de la vie;
3. La justice: traiter les autres avec équité même quand ils ont mal agi;
4. Le courage: non seulement dans des circonstances extraordinaires, mais face à des défis quotidiens avec clarté et intégrité.

Si le stoïcisme se concentre sur l’amélioration personnelle, ce n’est pas une philosophie égocentrique.

À une époque où les lois romaines considèrent les esclaves comme une propriété, Sénèque appelle à un traitement humain et souligne que nous partageons tous la même humanité fondamentale.

Le stoïcisme n’encourage pas non plus la passivité. L’idée est que seules les personnes qui ont cultivé les vertus et la maîtrise de soi peuvent apporter des changements positifs chez les autres.

Pour les stoïciens, il est essentiel de transformer les émotions afin de parvenir au calme intérieur. Les émotions sont des réactions humaines instinctives à certaines situations et ne peuvent être évitées. Mais l’esprit rationnel peut se distancer de l’émotion brute et voir si elle est appropriée.

Les stoïciens distinguent la réaction instinctive du sentiments résultant d’un jugement correct. Le but étant d’atteindre la tranquillité d’esprit résultant d’un jugement clair.

Les conseils de Sénèque

Beaucoup de pensées de Sénèque nous sont connues grâce aux lettres qu’il a écrites à ses amis, leur donnant des conseils pour surmonter une difficulté. Comme, par exemple, lorsque son ami Lucilius apprend qu’un procès menaçant sa carrière et sa réputation lui est intenté.

Le stoïcien répond à son ami paniqué qui s’attend probablement à recevoir des encouragements. Pourtant, Sénèque prend une autre voie et lui recommandant de se préparer au pire.

C’est une idée essentielle du stoïcisme. Toujours essayer d’imaginer le pire, puis se rappeler qu’on y survit. Le but étant de réaliser que nous sommes capables de supporter les plus grands malheurs.

Pour calmer Lucilius, Sénèque lui conseille d’embrasser les notions d’humiliation, de pauvreté et de chômage. Pour voir que même le pire n’est pas la fin de tout. Si Lucilius perd le procès, que peut-il lui arriver de plus grave que l’exil ou la prison? Sénèque est bien placé pour envisager ces questions, il a lui-même survécu à la faillite et à 8 ans d’exil en Corse.

4 principes du stoïcisme

Le stoïcisme est avant tout un état d’esprit. Pour l’atteindre, plusieurs choses sont requises:

1. Accepter ce qu’on ne peut pas changer

Épictète nous invite à distinguer ce qui est sous notre contrôle et ce qui ne l’est pas. Il n’y a aucune raison de laisser des circonstances indépendantes de notre volonté perturber notre équilibre. Ces circonstances dictées par l’extérieur comprennent des choses comme la météo, la circulation, l’opinion des gens ou la santé (celle de nos proches, et dans une certaine mesure la nôtre). Reconnaître qu’une grande partie de la vie est hors de notre contrôle signifie qu’il faut se concentrer sur la seule chose que nous contrôlons: nos propres actions.

Au lieu de se concentrer sur les résultats – qui sont affectés par des circonstances extérieures hors de notre contrôle – définissons des objectifs strictement liés à nos propres efforts.

Par exemple, plutôt que fixer comme objectif le gain d’un match (tennis, curling, pelote basque, peu importe la discipline), dont beaucoup de paramètres ne dépendent pas de nous, faisons en sorte de nous préparer au mieux, de nous entraîner autant que possible et de jouer au maximum de nos capacités. Si malgré tout la défaite est au rendez-vous, à quoi bon se prendre la tête? Nous n’aurions rien pu faire de plus.

Dans le même ordre d’idées, l’objectif stoïcien d’un article sur le stoïcisme ne devrait pas être, et n’est pas, qu’il devienne viral suite à des milliers de partages. C’est un paramètre qui ne dépend pas de l’auteur, qui est hors de son contrôle. Le seul but doit être de faire des recherches intéressantes et d’écrire un article pertinent qui apporte de la valeur au lecteur.

2. Réfléchir avant de parler et de réagir avec émotion

Le stoïcisme invite à travailler sur soi pour avoir plus de maîtrise et de conscience. Être stoïque ne consiste pas à ne pas parler, mais à bien parler. L’écoute pour la compréhension permet de réfléchir puis d’agir plutôt que réagir.

L’action est calme lucide, consciente, sereine. La réaction est émotive, avec en arrière-pensée le désir et la peur. Si quelqu’un vous insulte, ne vous engagez pas dans un combat émotionnel. Considérez s’il y a une part de vérité dans la déclaration et réfléchissez à la façon dont vous pourriez vous améliorer.

3. Rester humble et ouvert à de nouvelles connaissances

Reconnaissez avec humilité que vous ne savez pas tout et essayez d’apprendre à chaque occasion. Vous ne pouvez pas apprendre si vous pensez déjà tout savoir. La sagesse est une vertu stoïcienne fondamentale. La cultiver, c’est admettre que vous avez encore des choses à apprendre. Lisez, écoutez, regardez. La connaissance est à portée de main, profitez-en.

4. Se concentrer sur l’équité plutôt que la sévérité

Un vrai stoïcien ne s’intéresse pas aux conflits émotionnels, à la vengeance ou à la rancune. Mais cela ne signifie pas qu’il faut rester froid et distant. Face à des attaques, il convient de prendre du recul et de gérer la situation de manière rationnelle plutôt qu’émotionnelle.

10 exercices stoïques

Il existe un certain nombre de pratiques stoïques que l’on peut appliquer au quotidien:

1. La méditation matinale

S’asseoir confortablement dans un endroit calme et peu éclairé et passer en revue mentalement les défis potentiels qui nous attendent dans la journée, en gardant à l’esprit les quatre vertus cardinales qui peuvent aider à répondre à ces défis.

2. La citation

Parmi toutes les phrases des auteurs stoïciens, en choisir une, la lire plusieurs fois et en faire une source d’inspiration pour la journée.

3. Les cercles concentriques de Hiéroclès

L’exercice consiste à visualiser une série de cercles imbriqués les uns dans les autres. Le premier cercle correspond à l’esprit humain (vous-même). Le deuxième, qui englobe le premier, représente votre famille. Le troisième, ce sont les amis, puis votre quartier, votre ville, votre pays et enfin toute l’humanité. L’objectif étant d’attirer les cercles vers le centre, en transférant les gens dans les cercles intérieurs. C’est un moyen de vous rappeler que le reste du monde est tout aussi important que vous et que vous devriez prendre l’habitude de vous en préoccuper.

4. La vue d’en haut

Dans le même ordre d’idées, imaginez votre personne, puis reculez pour vous voir d’en haut, puis votre pays, puis la planète, puis le système solaire, puis la voie lactée et enfin l’ensemble du cosmos. Il s’agit de vous rappeler que tout est une question de perspective. Ce qui vous arrive est un grain de sable à l’échelle de l’univers.

5. Praemeditatio malorum (« pré-méditation des maux »)

La visualisation négative consiste à visualiser quelque chose de mal qui pourrait vous arriver, afin de surmonter votre peur et de mieux vous préparer au cas où cela se produirait. Cette technique de méditation est similaire aux exercices de thérapie comportementale cognitive conçus pour surmonter les peurs ou les angoisses. Elle peut renforcer la résilience face à des situations douloureuses.

Cet exercice pourrait faire croire que les stoïciens sont des pessimistes, mais c’est tout le contraire. Ils sont en fait les optimistes ultimes. Pour eux, un verre n’est ni à moitié vide ni à moitié plein. Ils sont simplement contents qu’il y ait de l’eau dedans.

Lorsque nous anticipons la possibilité des choses négatives, celles-ci sont dépossédées d’une partie de leur pouvoir. En expérimentant la perte, si nous avons pu apprécier pleinement ce que nous avions sur le moment, la blessure est profonde mais propre.

6. La conscience des choix

Cela doit être fait tout au long de la journée. Les stoïciens vivent dans l’ici et maintenant, en prêtant attention à ce qu’ils font. Ils pratiquent une sorte de pleine conscience qui porte son attention sur le fait que les choix, même les plus triviaux, ont une composante éthique inextricable, qu’il faut en être conscient, et qu’ils doivent être faits selon une des vertus cardinales.

Le temps est précieux, il est inutile de le perdre dans des distractions insensées. Le stoïcisme invite à se concentrer sur une action lorsque celle-ci est effectuée. Par exemple, une conversation avec un ami mérite toute notre attention et notre présence. Au contraire, il est recommandé de consacrer le moins de temps possible à l’actualité qui n’apporte pas de valeur à votre vie et génère souvent plus d’anxiété que de joie.

7. La méditation du soir

Avant d’aller au lit, faites le contraire de la méditation matinale en parcourant les événements marquants de la journée et en réfléchissant à ce que vous avez accompli de bien ou de mal. Poser un regard bienveillant sur la journée écoulée permet de se vider l’esprit et de dormir en paix.

8. Memento mori (« Souviens-toi que tu vas mourir »)

Méditer sur votre propre mort n’est pas la même chose que demander « Si vous saviez que c’était votre dernier jour sur Terre, que feriez-vous? ». Non, la question ressemble plus à: « Si vous ne vous réveillez pas demain matin, seriez-vous satisfait de la façon dont vous avez passé votre dernier jour? », ou « Vous êtes-vous engagé pleinement au travail? Avez-vous aimé votre famille et vos amis? Avez-vous apporté de la valeur à la société? Avez-vous pris des décisions vertueuses? »

Poser cette question n’est pas une méditation induisant la dépression ou l’anxiété. La probabilité de mourir demain est mince, mais elle existe. Elle donne toute sa valeur à la vie. Ne perdez pas votre temps.

9. Accueillir l’inconfort

Les stoïciens s’imposaient des périodes de dénuement pour apprendre à ne pas être dépendant des choses matérielles. Nourriture, boisson, richesse, confort, et même sexe. Ils allaient jusqu’à se mettre dans des situations ridicules.

Si vous êtes trop dépendant du confort, lorsque vous le perdez, tout s’écroule. Cette pratique de l’inconfort endurcit. La vie n’est pas une partie de plaisir, il y a des moments difficiles, douloureux, auxquels nous devons faire face. Goûter à cet inconfort nous enseigne que nous avons la capacité de le surmonter. Cela nous apprend aussi à mieux apprécier ce que nous avons présentement.

Il y a d’innombrables façons d’embrasser un semblant d’inconfort dans notre vie. Cela diffère en fonction des gens. Il nous incombe de trouver le nôtre et de l’attaquer de front.

10. Poursuivre vigoureusement le caractère et les vertus

Pour les stoïciens, bien vivre devait se faire selon les 4 vertus. En devenant une meilleure personne, nous trouverons naturellement un épanouissement, mais nous contribuerons aussi davantage à la société dans son ensemble.

Comment devient-on plus vertueux? Demandez-vous régulièrement: « Que ferais-je de mieux dans cette situation? » Nous avons tous une version idéale de nous-mêmes en tête. Cette version mange mieux, fait plus d’exercice, a plus de patience, est plus productif, etc.

Pour agir de manière plus cohérente et en harmonie avec cet idéal, demandez-vous simplement ce que vous feriez de mieux, ou comment ce meilleur vous déciderait dans un scénario donné:
– Est-ce que votre meilleur vous appellerait ses parents et grands-parents plus souvent?
– Est-ce que votre meilleur vous contacterait ses vieux amis pour maintenir le contact?
– Est-ce que votre meilleur vous aurait plus de patience avec ses enfants?
– Est-ce que votre meilleur vous s’énerverait dans les embouteillages?
– Est-ce que votre meilleur vous se resservirait un verre?
– Est-ce que votre meilleur vous ferait du bénévolat?

Les stoïciens ne demandent pas aux gens de tout perdre et de vivre délibérément dans le dénuement pour trouver la paix intérieure. Mais plutôt de cultiver leurs ressources intérieures afin d’être capable de supporter la prospérité et l’adversité avec équanimité.

Il s’agit d’espérer ce qui est juste tout en se préparant à ce qui est injuste.

Le stoïcisme n’a pas la réputation d’être une philosophie du bonheur. Pourtant, il peut mener à un mode de vie incroyablement satisfaisant. Il minimise les émotions négatives et maximise la gratitude et la joie.

L’important n’est pas de mourir tôt ou tard, mais de mourir bien ou mal. Dit autrement, peu importe quand nous mourrons, il faut bien vivre.

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