LE SUCCES C’EST BIEN, L’ECHEC C’EST MIEUX

La société dans laquelle nous vivons est hyper concurrentielle. Il faut réussir pour exister. Le succès et les performances sont encouragés, valorisés, ils servent de baromètres sociaux. Par conséquent, la perspective de contre-performance, d’erreur ou d’échec peut être source d’anxiété, de stress, voire de dépression. Cependant, échouer est souvent le meilleur moyen de bien réussir.

Il n’y a qu’une chose qui rend un rêve impossible à réaliser : la peur de l’échec. (Paulo Coelho)

Quand Patti Smith trébuche sur Bob Dylan

Stockholm, le 10 décembre 2016 : cérémonie de remise des prix Nobel. Dans la salle, le roi et la reine de Suède, les récipiendaires, les académiciens et de nombreux intellectuels et personnalités. L’ambiance est solennelle ; petits fours, robe longue et smoking de rigueur.

Patti Smith est invitée à interpréter une chanson à l’occasion de la remise du prix Nobel de littérature. Elle avait d’abord choisi un morceau de son répertoire, mais lorsqu’elle apprit que Bob Dylan était le lauréat, il lui apparut logique de chanter une chanson du maître. Elle choisit sa préférée : A Hard Rain’s A-Gonna Fall.

Après 2 minutes, elle balbutie, hésite, puis s’arrête. Embarrassée, elle présente ses excuses pour sa nervosité et demande aux musiciens de reprendre là où elle s’est arrêtée. La salle l’applaudit pour l’encourager. Patti Smith reprend et termine la chanson sans problème.

Elle écrira plus tard dans un article du New Yorker que, bouleversée par l’ampleur de l’événement, elle a été submergée par des émotions d’une telle intensité qu’elle a été incapable de les gérer. Elle n’avait pas oublié les paroles de cette chanson qu’elle connaît depuis son adolescence et qu’elle a répétée sans cesse avant la cérémonie, elle a simplement été incapable de les faire sortir.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que, pour Patti Smith, cette soirée représente l’expérience la plus traumatisante de sa carrière. Alors que les personnes présentes dans la salle, elles, ont été touchées par cet instant de véritable humanité. Elles ont vu une artiste renommée leur rappeler que l’être humain est faillible, et c’est précisément en cela qu’il est beau.

La chanteuse, en se plaçant en position de vulnérabilité, a créé un espace propice à une connexion émotionnelle. Le lendemain, alors qu’elle ne rêvait que de s’excuser personnellement auprès de chaque personne, tout le monde l’a félicitée pour sa performance authentique. Ce qu’elle considère comme un échec l’a rendue plus humaine et a permis un moment de communion probablement plus intense que si la prestation avait été parfaite.

La peur de la douleur

Contrairement aux idées reçues, rien n’engendre autant le succès qu’échouer. L’échec est une réalité de la vie, et, transformé en opportunité, il est même essentiel à la croissance. Mais alors, pourquoi en avons-nous si peur ?

Pour certaines personnes, l’échec représente une menace psychologique si importante que leur motivation à l’éviter dépasse leur motivation à réussir. Cette crainte les amène à saboter inconsciemment leurs chances de réussite.

La peur d’échouer est directement liée à l’image de soi (estime et confiance). Une façon de protéger notre estime de soi consiste à croire que nous sommes compétents et à en convaincre les autres. Pour cette raison, la capacité de réussir est essentielle au maintien de la confiance en soi. Ne pas accomplir avec succès signifie essentiellement que nous ne sommes pas capables et donc pas dignes.

Si une personne ne croit pas avoir la capacité de réussir (ou si des échecs répétés diminuent cette conviction), elle se livre alors à des pratiques visant à préserver sa valeur personnelle. Le plus souvent, elles prennent la forme d’excuses ou de mécanismes de défense.

Echouer est plus douloureux que réussir. Et comme l’évitement de la douleur fait partie de la nature humaine, il est logique de ne pas se réjouir à l’idée d’échouer. Mais la douleur, l’adversité, l’incertitude, et l’échec, malgré les difficultés qu’ils entraînent, sont les domaines dans lesquels nous pouvons vraiment expérimenter la vie.

Tout le monde connaît l’échec un jour ou l’autre, inévitablement. Les personnes que nous respectons le plus sont souvent celles qui échouent bien. Elles mettent un genou à terre, se relèvent et repartent.

Au niveau professionnel, nous avons tendance à penser que l’échec peut nous retarder de plusieurs années. Cependant, dans certains cas – Thomas Edison, Steve Jobs, Jack Ma sont des exemples illustres – des échecs ont ouvert la voie à des succès majeurs.

Jack Ma, fondateur du premier site marchand Alibaba.com, évoque souvent la notion d’échec, qu’il connaît bien. Il explique, notamment, que sa candidature à Harvard a été refusée 10 fois, que sur 24 candidats pour un job chez KFC, il fut le seul à ne pas être retenu, ou encore qu’aucun investisseur de la Silicon Valley n’a voulu investir dans son site. Il appelle d’ailleurs sa société « Alibaba et les 1001 erreurs ». Selon lui, tous ces échecs l’ont préparé à être le dirigeant qu’il est aujourd’hui.

La peur de la honte

L’échec peut susciter des sentiments tels que la déception, la colère, la frustration, la tristesse, les regrets ou la confusion. Mais bien que déplaisants, ils ne suffisent généralement pas à déclencher une peur totale de l’échec.

Les personnes qui ont peur de l’échec sont motivées pour éviter d’échouer non pas parce qu’elles ne peuvent pas gérer les émotions fondamentales de déception, de colère et de frustration qui accompagnent de telles expériences, mais parce que l’échec leur fait également ressentir une profonde honte.

La honte est une émotion psychologiquement toxique, car au lieu de nous sentir mal à propos de nos actes ou de nos efforts, nous nous sentons remis en question en tant qu’individus. La honte est au cœur de notre ego, de nos identités, de notre estime de soi et de nos sentiments de bien-être émotionnel.

Je me trompe donc je suis

Si le succès est important, l’échec l’est tout autant. Le premier ne doit pas vous monter à la tête, mais le second ne doit pas vous dévorer de l’intérieur. Les deux sont essentiels au développement de chacun.

Echouer ne signifie pas que votre idée n’est pas valable ou que votre rêve ne vaut rien. Il n’est pas le reflet d’une personne, mais d’un processus. Il signifie simplement qu’il y a une autre direction à prendre, et une leçon à apprendre.

L’échec est positif, car il vous montre où vous ne devriez pas vous trouver. Il représente une occasion de réévaluer une situation ainsi qu’une opportunité d’essayer à nouveau, de se perfectionner.

L’échec est souvent associé à la peur et à l’anxiété alors qu’il représente un énorme potentiel d’apprentissage. Associé à la résilience, il est source de créativité et d’amélioration de soi.

Je n’ai pas échoué. J’ai juste trouvé 10000 manières qui ne fonctionnaient pas. (Thomas Edison)

L’échec fait partie du processus évolutif

Le succès est un processus et non une destination. C’est quelque chose que vous rencontrez progressivement, au fil du temps. L’échec est tout aussi graduel. En fait, la différence entre succès et échec est si subtile qu’il est difficile de les distinguer pendant le processus.

L’échec peut être douloureux, mais si vous pouvez vous exposer à des situations plus difficiles, vous augmenterez vos chances de succès à long terme. Il est important de réaliser que si vous voulez réussir, vous devez être prêt à affronter des situations inconfortables.

Si vous pouvez dépasser le stade de l’aversion pour la douleur, et aller de l’avant lorsque les choses se compliquent, vous irez dans la bonne direction.

L’échec est un retard, pas une défaite. Il n’est ni fatal ni permanent, et n’est pas aussi désastreux que nous le pensons.

C’est un détour temporaire, pas une impasse. La meilleure façon d’éviter l’échec consiste à ne rien faire. En ne prenant pas le risque d’échouer, on ne prend pas le risque d’apprendre, d’évoluer et de réussir.

Ne le voyez pas comme une force extérieure au succès qui vous limite, mais plutôt comme une partie intégrante de votre psyché qui donne des indices sur le chemin à prendre. Si vous surmontez vos peurs, il n’est rien de plus qu’un panneau indicateur vous guidant dans la bonne direction.

Pensez à l’échec comme si vous aviez les yeux bandés dans un labyrinthe et qu’on vous demandait de trouver votre chemin. Il y a des hésitations, des faux départs, mais au final vous arrivez à destination.

Beaucoup de gens assimilent le succès à des victoires fréquentes et à moins de revers. La réalité est que plus de défaites mènent au succès si l’individu est disposé à tirer profit des échecs.

L’échec, bien que douloureux, peut nous permettre de libérer un grand potentiel. Mais pour ce faire, nous devons changer notre état d’esprit. Au lieu de voir l’échec comme quelque chose qui nuit au succès, nous devons le voir comme un outil de transformation qui nous aide à affiner notre chemin et nous permet d’apprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

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